Un triplé historique ou la fin d’un règne

A quelques heures maintenant du coup d’envoi de la finale de l’Euro 2012, l’Allemagne se réveille tout juste de sa déroute face  à l’Italie en demi-finale (défaite 2-1). Avant la compétition, peu de monde aurait en effet misé sur un tel parcours des Transalpins, au point d’être en mesure de faire chuter les champions d’Europe et du Monde en titre. Et ce, même si derrière la Mannshaft (3 titres de champions du Monde et 3 championnats d’Europe), la sélection méditerranéenne reste la plus titrée d’Europe, toutes compétitions internationales confondues (4 titres mondiaux, 1 Euro). Ainsi, la vérité c’est qu’avec le scandale du Calcioscomesse (affaire matchs truqués) qui a éclaté peu avant la préparation de l’Italie pour ce fameux Euro, on ne voyait pas nos voisins réaliser un bon tournoi. Surtout quand on se fiait aux déclarations du sélectionneur Cesare Prandelli, qui se disait « prêt à quitter la compétition si la présence de son équipe gênait ». D’autant que ce dernier s’était vu privé de son latéral gauche titulaire, Domenico Criscito, inquiété dans cette affaire au point d’être intercepté par la police de la grande botte, dans le camp d’entraînement des partenaires d’Andrea Pirlo. Seulement ce qu’on a tendance à oublier c’est qu’en Italie on aime les scandales, et c’en devient même un argument supplémentaire de motivation. Si bien qu’en 2006, les hommes de Marcello Lippi, patron de la sélection à l’époque, avaient décroché la timbale en remportant le Mondial, au nez et à la barbe de la France de Zidane…

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Quelques semaines à peine, après la révélation du scandale du Calciopoli, visant notamment la Juventus Turin (vaste affaire de matchs truqués). Bref, on a la douce impression que les Latins ne sont jamais plus fort que dans l’adversité, dos au mur ! Résultat, cette année encore, les coéquipiers d’un Mario Balotelli étincelant et auteur d’un doublé face à l’Allemagne, sont en passe d’écrire un peu plus l’histoire d’une sélection controversée, mais pétrie de ressources. D’ailleurs, ce groupe a tellement surpris par sa montée en puissance, que les Germains de Joachim Löw en sont restés inertes sur le terrain de Varsovie, jeudi soir. A tel point qu’il en était surprenant de voir que la bande à Ozil n’arrivait plus à construire une seule action, ni concrétiser le peu d’opportunités qu’ils avaient sous la main. Ces mêmes joueurs qui, depuis la phase de poules, ne se sont pas privés d’aligner 9 buts en quatre rencontres. Alors qu’en face, la vista et le panache d’Italiens très inspirés dans la construction du jeu, ont rapidement souligné un contraste criant. Symbole parfait de la renaissance d’un groupe en reconstruction à l’image de l’Equipe de France, le génial vétéran Andrea Pirlo a fait parlé son expérience et son élégance sur le terrain.

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Doté d’une technique rare lui permettant de pallier son légitime manque de vivacité à cet âge avancé (33 ans), le nouveau meneur de jeu de la « Juve », qui a fortement contribué à ramener le Calcio cette saison à Turin, impressionne toujours par son impact dans la création italienne. Schweinsteiger, Khedira, Kroos, Reus… aucun allemand n’a ainsi trouvé le moyen d’arrêter ce « distributeur de caviars », au point d’être également dépassés lorsque Mario Balotelli partait dans le dos d’une défense germanique débordée. L’avant-centre de Manchester City a en effet brillé jeudi soir, par ses buts importants bien sur, mais aussi par sa présence athlétique au cœur du rideau défensif adverse. On pourrait même résumer le succès de l’équipe de Prandelli à la forme olympique de ces deux éléments très prégnants dans les offensives transalpines, mais également lorsque les situations sont chaudes sur le but de « Gigi » Buffon. Finalement, ce que Laurent Blanc peine à mettre en place avec les Bleus, à savoir un savant alliage entre l’expérience des anciens et la fougue des jeunes nouveaux, l’ancien coach de la Fiorentina l’a, lui, bien mis en place. Du coup, il est difficile de dire si l’Italie est aujourd’hui capable de faire tomber l’Espagne, tenante du titre. Car sur le match contre l’Allemagne, il n’y a pas photo, mais… la Roja reste la référence au niveau mondial, même avec des performances plus que discutables depuis le démarrage de ma compétition.

Cesare_Prandelli
La formation de Vicente Del Bosque, principal artisan des deux derniers sacres de l’Espagne au Mondial et au précédent Euro, se prive en effet parfois de numéro 9 de métier, ce qui pénalise fortement la réussite offensive ibérique. Seule la large victoire devant l’Irlande (4-0) était venue rassurer les observateurs européens. De plus, l’opposition entre les deux sélections lors de la phase de poules n’avait pas donné un avantage intéressant aux partenaires d’Andrès Iniesta (match nul, 1-1), c’est le moins que l’on puisse dire. Pitre, l’Italie avait ouvert le score, avant que l’Espagne ne daigne se mettre en route pour répliquer en égalisant. Le minimum syndical, c’est ainsi ce que les Ibériques laissent comme impression depuis le coup d’envoi de l’Euro, ne laissant jamais totalement éclater leur talent. L’occasion peut-être pour une Italie fringante de gouter à nouveau au succès final, elle qui reste la dernière formation à avoir remporté un titre, avant la razzia espagnole sur le football international. En tout cas, le « match des Latins » promet d’être très serré, et il ne serait pas étonnant de voir la fête se prolonger jusqu’aux fameux tirs aux buts. La séance cruelle, qui reste surement la meilleure chance des protégés de Del Bosque, vainqueurs du Portugal en demi-finale au terme de ce même processus. L’Euro 2012, ou la revanche par le football des pays en crise, contre les moteurs de l’Europe !

Damien Chédeville



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